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Trouble du langage
Mon enfant ne suit pas les consignes

« J’ai parfois la sensation d’être un vieux disque rayé »

Avec les garçons, j’ai parfois la sensation d’être un vieux disque rayé. Je dois tout répéter des dizaines de fois pour être entendu…
– Joachim, prends ta boîte à lunch.
Tous les matins, avant de partir pour l’école, je répète cette phrase entre trois et cinq fois.
– Maddox, viens prendre ton bain. Cette demande revient aussi sans cesse, soir après soir, plusieurs fois de suite.
Souvent, ce sont les règles qui doivent être répétées.
– Maddox, ne dessine pas sur le mur de ta chambre !
Il est encore petit, mais il n’en fait qu’à sa tête. Quand je dois répéter la même consigne tous les soirs, j’en viens à me demander s’il me comprend.

– Joachim, range tes Lego avant de te mettre au lit.
Pour lui aussi, c’est la même consigne que je dois répéter tous les soirs.
Il ne semble pas autonome. Pourtant, on a instauré une routine : il doit ranger ses affaires dans son sac après les devoirs. Après le bain, il doit se brosser les dents, se mettre en pyjama, ranger ses Lego, puis se mettre au lit.
Mais tous les soirs, il semble perdu… ne sachant pas dans quel ordre faire les choses ou les ignorant totalement, comme se brosser les dents.
Joachim passe devant moi en agitant sa brosse à dents comme s’il s’agissait d’une baguette magique. Je soupire :
– Joachim, viens laver tes dents.

Mes alliés!

Les familles comme celles de Maddox ne sont pas seules et elles peuvent compter sur le soutien de nombreux alliés.

• Intervenants du milieu scolaire et de garde

Le corps enseignant et l’équipe du milieu de garde représentent des alliés importants. N’hésitez pas à les contacter pour avoir un portrait de ses forces et de ses défis. Ils sauront vous outiller pour maximiser ses progrès à l’école ou à la garderie comme à la maison. La communication entre le parent et ces intervenants et intervenantes est primordiale pour arrimer les stratégies utilisées à l’école ou à la garderie ET à la maison.

• Professionnels

L’orthophoniste est le ou la professionnelle pouvant poser une conclusion de trouble développemental du langage (TDL) ou de trouble du langage associé à un diagnostic médical (conjointement à un autre professionnel de la santé).

L’orthopédagogue accompagnera votre enfant dans son cheminement scolaire. Il l’aidera à mieux s’organiser et à mieux se concentrer au moyen de stratégies d’apprentissage.

Mon plan de match

Pour aider votre enfant qui ne suit pas les consignes, nous vous proposons d’abord de cerner quels facteurs pourraient expliquer cette situation. Il est naturel de penser qu’il ne veut pas écouter ou est distrait quand vous lui donnez une consigne, mais plusieurs autres raisons peuvent expliquer pourquoi vous avez à répéter si souvent vos demandes au quotidien. Vous trouverez ci-dessous une liste des facteurs explicatifs.

Ensuite, nous vous fournirons des astuces pour favoriser la compréhension et une meilleure exécution des consignes par votre enfant au quotidien.

Vous retrouverez toutes ces informations dans le guide pratique.
Dans la section Pour en savoir +, vous trouverez aussi un lien vers une capsule vidéo qui vous montre concrètement comment développer la compréhension en lecture chez votre enfant.

→ Consultez le guide pratique [PDF]

« Joachim est en haut de l’escalier »

Joachim est en haut de l’escalier. Il regarde Sandrine en train d’enfiler ses bottes à Maddox.
– Vite, Joachim, Maddox, on va être en retard !
– Oui…
Joachim descend doucement les marches, puis s’assoit sur la dernière pour mettre ses bottes, puis son manteau.
– Suis prêt !
– Tu n’oublies pas quelque chose ?
– Non. Mon sac est là.
Il le lève fièrement au bout d’un bras.
– Et tu as prévu manger quoi ce midi ?
– Euh ! Sandwich au poulet.
– Très bien… mais il est où ?

– La boîte à lunch !
– Elle est où…
– Oh, ma boîte à lunch !
Il court à la cuisine pour la prendre sur le comptoir.
Comme moi, Sandrine aimerait que Joachim soit plus autonome, qu’il parvienne à gérer seul ce qu’il doit apporter à l’école.
– Je t’ai pourtant demandé deux fois, ce matin, de placer ta boîte à lunch avec ton sac pour ne pas l’oublier. Tu n’écoutes pas.
Sandrine, Maddox et Joachim partent finalement pour la garderie et l’école.
Quelques minutes de silence. Puis, la porte s’ouvre à nouveau. Joachim fait irruption dans la cuisine. Il agrippe la boîte à lunch de Sandrine, qui était restée sur le comptoir.
– Maman écoute pas… consignes, dit-il en me faisant un clin d’œil.
J’éclate de rire.

Quels sont les facteurs qui peuvent expliquer qu’un enfant ne suive pas une consigne?

Quand un enfant ne suit pas une consigne, on en vient rapidement à la conclusion qu’il agit par opposition ou par mauvaise volonté. Il peut en effet arriver que l’enfant s’oppose à la consigne, car il n’a pas les mêmes priorités que l’adulte. Pourquoi prendre un bain ou ranger ma chambre maintenant, alors que je peux continuer à jouer ?

Mais le fait que l’enfant n’obéisse pas peut s’expliquer par plusieurs autres raisons :

• L’enfant peut être distrait au moment où l’adulte formule la demande. Pas besoin d’avoir un déficit d’attention… (ex. : bruit environnant, télévision).

• Il peut présenter une déficience auditive.

• Il peut présenter des difficultés langagières touchant la compréhension, qui passent beaucoup plus souvent inaperçues que les difficultés de langage, touchant le volet expressif (ex. : prononciation, formulation des phrases).

• Parfois, la consigne est trop longue ou l’enfant a une mémoire auditive faible, de sorte qu’il n’a retenu que le début ou la fin de la consigne (ex. : « Donne-moi ta bouteille, ferme ton sac et va chercher ton frère »).

• Le vocabulaire utilisé par l’adulte peut être trop complexe pour la capacité de compréhension de l’enfant. Si vous utilisez des concepts spatiaux, des concepts temporels ou des demandes contenant une condition, l’enfant peut avoir du mal à s’y retrouver. Par exemple : « Apporte le pot qui est placé dans la 1re armoire à droite du réfrigérateur » (spatial) ; « Avant de m’apporter ton cahier, va laver tes mains » (temporel) ; « Si tu as terminé ton yogourt, tu peux aller jouer » (condition).

• Les limites et les interdictions sont mal comprises, car le cerveau n’aime pas l’interdit. Les contraintes sont vécues comme un stress majeur par l’humain, surtout entre 18 mois et 3 ans et entre 13 et 16 ans, moments où se développe particulièrement le cortex préfrontal. La maturité du cerveau influence le développement de la mémoire de travail.
L’interdiction attire l’attention de l’enfant sur ce qu’il ne doit pas faire. C’est pourquoi le tout-petit a tendance à faire l’action interdite. D’autant plus que comme son cerveau est en développement, il a de la difficulté à retenir ses impulsions et à bien traiter la négation. Par exemple, lorsqu’il entend « Ne dessine pas sur la table ! », l’enfant comprend « dessine » et « table ».

• L’enfant a besoin de plus de soutien pour vivre un moment de transition. Il n’a pas la capacité de passer d’une chose à l’autre très rapidement, sans préavis. C’est la raison pour laquelle les transitions entraînent des crises d’opposition en tout genre : cris, désorganisation, etc.
Le simple fait d’avertir l’enfant en reconnaissant la frustration que cela engendre, puis en l’accompagnant vers l’activité suivante permet une transition plus sereine. Par exemple : « Je sais que tu es en pleine partie, mais ça va bientôt être le moment de se préparer pour l’école. Quand le sablier sera vide, ce sera le moment de te préparer. »

Il est tout à fait normal que vous ayez du mal à déterminer pourquoi votre enfant a de la difficulté à comprendre les consignes ou les questions. Était-il inattentif ? Y a-t-il des mots qu’il ne connaît pas ? L’orthophoniste peut vous aider à y voir plus clair.

Parce que chaque effort compte…

Sans un soutien en orthophonie planifié et spécifique aux besoins de votre enfant, il y a peu de chances que ses habiletés langagières s’améliorent.

Dans le cas où votre enfant est déjà suivi en orthophonie, votre implication à l’extérieur des séances sera des plus importantes. Elle sera même essentielle au succès de la thérapie. C’est un travail d’équipe !

En tant que parent, vous avez un rôle essentiel à jouer dans le cheminement de votre enfant. Renseignez-vous sur ce qui se passe dans sa vie sociale, à la garderie ou à l’école. Restez aussi en contact avec l’équipe de la garderie ou de l’école, tout en poursuivant à la maison les objectifs établis par celle-ci. Sachez aussi aller chercher de l’aide auprès de spécialistes lorsque vous en avez besoin.

« Le soir, j’aime profiter d’un moment père-fils avec Joachim »

Le soir, j’aime profiter d’un moment père-fils avec Joachim. Je lui lis une histoire avant qu’il s’endorme.
Mais les choses ne sont pas aussi faciles qu’il n’y paraît.
Auparavant, j’ai dû répéter de nombreuses consignes.
– Joachim, aide-moi à débarrasser la table du souper. Range ton matériel scolaire dans ton sac. Tu n’auras pas à courir partout demain. Laisse ton jeu vidéo, c’est l’heure du bain. Et n’oublie pas de te brosser les dents.
Chaque soir, je dois lui répéter les mêmes consignes plusieurs fois de suite. Inévitablement, le soir, on manque de temps.
– Joachim, je continuerai l’histoire demain, dis-je en refermant le livre. Il est tard maintenant. Tu dois dormir.
– On n’a jamais le temps… se plaint Joachim.
– C’est de ta faute, mon grand. Si on ne perdait pas autant de temps à te répéter les consignes, je pourrais te lire l’histoire au complet.
Des larmes mouillent les yeux de mon fils. Je me sens mal de devoir interrompre ce moment père-fils, mais il doit comprendre que s’il faisait ce qu’il doit faire quand je lui dis la première fois, on aurait plus de temps pour la lecture.
Cette situation me rend malheureux. Je voudrais trouver une façon d’aider Joachim à être plus organisé, plus autonome.

Comment favoriser la compréhension et l’exécution des consignes au quotidien?

Il est normal d’avoir l’impression que l’enfant fait exprès de ne pas respecter une règle. Mais le cerveau de l’enfant n’est pas toujours suffisamment développé pour bien retenir les consignes.

La capacité à intégrer et à retenir des informations pour une courte période est appelée mémoire de travail. Les enfants de moins de 4 ans ne retiennent qu’une ou deux consignes très simples. En vieillissant, ils auront la capacité d’enregistrer plusieurs informations à la fois. En attendant que le cerveau de l’enfant se développe, l’adulte peut répéter avec patience.

Voici quelques conseils pour favoriser une meilleure exécution des consignes :

• Privilégiez les consignes courtes et simples. Donnez-les dans l’ordre d’exécution. Par exemple évitez les « avant de… » et « après avoir… »

• Ajoutez des gestes naturels à vos paroles, surtout pour les mots abstraits. Expliquez-lui les mots nouveaux en lui montrant des objets ou des images. Démontrez les consignes ou les explications visuellement ou par manipulations.

• Touchez physiquement l’enfant pour avoir son attention. Établissez un contact visuel avec lui avant les interventions verbales. Assurez-vous qu’il n’y ait pas de distractions auditives, tactiles et visuelles, telles que les fenêtres, des affiches, des jouets, etc.

• Privilégiez des règles plutôt que des limites. Même si on répète de nombreuses fois « Ne dessine pas sur la
table ! » à un tout-petit, il est fort probable qu’il continuera à le faire. L’enfant sait seulement ce qu’il ne doit pas faire, mais il n’a aucune idée de ce qu’on attend de lui. Formulez vos demandes sous forme de procédure, comme lorsque l’on explique les règles d’un jeu : dans la situation A, on fait B et, dans la situation C, on fait D. Par exemple : « Lorsque tu dessines, les crayons restent sur la feuille ».

• Ayez recours à la technique du faux choix pour les enfants qui ne réagissent pas par manque de pouvoir positif. Par exemple : « Tu veux prendre ton bain maintenant ou dans 5 minutes ? » ou « Tu veux prendre un bain ou une douche ? » Dans tous les cas, l’enfant se lave.

• Évitez d’utiliser des conséquences peu logiques ou difficiles à appliquer. Par exemple : « Je vais jeter tous tes jouets si tu ne les ranges pas. » Le pire, c’est lorsqu’on a déjà menacé les enfants d’une conséquence qu’on n’a finalement pas appliquée. S’ils avaient des doutes, ils n’en ont plus !

• Profitez des situations naturelles du quotidien pour stimuler la compréhension des consignes. Au moment de ranger l’épicerie, de s’habiller ou de faire les tâches ménagères, vérifiez la compréhension de l’enfant en lui demandant de reformuler ou en lui posant des questions.
Choisissez des endroits farfelus pour placer les objets, cela vous permettra de sortir de la routine connue par l’enfant, et ce sera plus drôle ! Par exemple : « Mets la mitaine dans le congélateur » ou « Range les fourchettes derrière le fauteuil. »

• Utilisez un calendrier pour aider votre enfant à se situer dans le temps lorsque vous utilisez les mots « hier, aujourd’hui, demain, la semaine prochaine, en fin de semaine, etc. ».

• Ralentissez votre débit de parole. Prononcez lentement, mais de manière naturelle.

• Utilisez le nouveau vocabulaire souvent et dans divers contextes. La répétition dans différents contextes favorise la rétention de l’information et la généralisation des apprentissages.

• Lisez des livres ! Les livres sont de véritables bijoux pour la stimulation générale du langage chez l’enfant.

→ Consultez le guide pratique [PDF]

Réalité partagée

Stéphane Thouin joue au football avec les Carabins de l’Université de Montréal, où il étudie pour devenir enseignant. Il est habitué de travailler dur sur le terrain, comme dans la vie. Au primaire, il avait des difficultés en français. Plusieurs enseignants inspirants et motivants l’ont aidé à apprécier l’école et à être fier de lui malgré ses difficultés. Ce n’est qu’en sixième année qu’il a appris qu’il avait une dyslexie sévère. On lui a alors donné de nombreux conseils pour apprendre plus facilement. Grâce au plan d’intervention mis en place, tout s’est soudainement mis à être plus facile.
Source : Non aux étiquettes, 2020.

« Nous avons appris à mieux formuler nos demandes »

Depuis que Maddox rencontre l’orthophoniste, nous avons appris à mieux formuler nos demandes. Au lieu de lui dire « Ne dessine pas sur le mur », Sandrine lui dit :
– Maddox, regarde, j’ai mis un grand tableau noir sur le mur pour que tu y fasses ton dessin.
À l’heure du bain, je lui offre le choix :
– Maddox, tu prends un bain avec le canard jaune ou une douche avec tes poissons.
Depuis que les consignes sont positives, tout se déroule mieux pour Maddox.
Avec Joachim aussi, nous avons revu notre stratégie.
Sur le réfrigérateur, j’ai placé des pictogrammes qui détaillent notre routine du matin et du soir.

Grâce à des indications visuelles, Joachim comprend maintenant qu’il doit débarrasser la table après le souper, et ranger son matériel scolaire dans son sac pour le lendemain.
– Maddox, on range ! dit Joachim.
De lui-même, il a commencé à aider son petit frère à ranger ses jouets dans son coffre.
En insistant sur certains mots, comme « débarrasser », « table », « ranger », « jouets », nous nous rendons compte qu’ils nous comprennent plus tous les deux.
Et surtout, on évite de donner une suite de consignes. On attend qu’une consigne soit suivie avant de passer à la suivante.
Maintenant, je peux lire une histoire entière à Joachim. Pendant ce temps, Sandrine fait la même chose avec Maddox.

Pour en savoir plus

Au fil des ans, l’Institut des troubles d’apprentissage a développé de nombreux outils pour assurer l’égalité des chances des personnes qui vivent avec un trouble d’apprentissage, leur permettre de développer pleinement leur potentiel et de contribuer positivement à la société. Voici quelques-unes des ressources sélectionnées pour vous, n’hésitez pas à les consulter.

La vidéo Comment développer la compréhension en lecture chez mon enfant? vous présente des stratégies pouvant aider votre enfant à mieux comprendre lorsqu’il lit un texte ou une histoire.

D’une durée de 3 heures, le webinaire Développement du langage : Repères développementaux et indices de difficultés vous permettra de reconnaître les signes de difficultés langagières chez les enfants de 0 à 5 ans, d’offrir une stimulation précoce et de vous diriger vers les ressources disponibles advenant des difficultés de langage. Les mythes et réalités au sujet du bilinguisme et du développement langagier chez les enfants allophones sont également abordés, sans oublier les stratégies de stimulation du langage et d’intervention précoce.

→ Découvrir la formation sur le développement du langage : Repères développementaux et indices de difficultés

Pour aller plus loin



Références utiles

Ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec (OOAQ)
Référez-vous à l’OOAQ en consultant l’annuaire de ses membres dans le secteur public ou en pratique privée afin de trouver des services en orthophonie dans votre région.

Au-delà des mots : le trouble développemental du langage
(2e édition) – Livre publié aux Éditions du CHU Sainte-Justine (2019).
Ce guide définit les caractéristiques du trouble avec nuance, s’attaque aux mythes qui y sont liés et permet de se préparer au diagnostic. Mettant de l’avant une approche multidisciplinaire, il relève tous les impacts sur le développement de l’enfant et permet de mieux intervenir dans le processus de réadaptation.

Raising Awareness of Developmental Language Disorder (RADLD)
Initiative créée pour sensibiliser la population à l’international au trouble développemental du langage. Ressources expliquant le TDL et ses impacts. (En anglais)

DLD & Me
Initiative ayant pour but de sensibiliser le grand public au TDL et d’offrir du soutien et des ressources aux parents et aux individus concernés. (En anglais)

Naître et grandir
Source d’information fiable et validée scientifiquement, Naître et grandir a pour mission de soutenir quotidiennement les parents du Québec dans leur rôle auprès de leur enfant, dès la conception jusqu’à 8 ans.


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