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Trouble du langage
Aider mes élèves à mieux s’exprimer

« Christine et moi sommes attablées pour notre souper bimensuel »

Christine et moi sommes attablées pour notre souper bimensuel. En attendant Sean, je lui donne des nouvelles d’Aya.
– Elle a fait d’énormes progrès récemment, conclus-je.
– Dans ma classe, il y a un p’tit bonhomme du nom de Colin qui ne participe pas beaucoup en classe, me raconte Christine. Il a du mal à s’exprimer et il évite d’intervenir.
– Je me demande comment s’est passé la journée de Sean ? Hier, il m’a téléphoné, il était anxieux à cause d’une de ses élèves.
– Ah, le voici ! On va lui demander… dit Christine.

Sean se laisse lourdement tomber sur sa chaise. Le visage blafard, il semble à l’envers.
– Qu’est-ce qui se passe ? lui demandé-je.
– Désolé du retard. C’est mon élève, Emily…
– Sa présentation orale s’est mal passée ?
– Une catastrophe ! Elle était complètement bloquée, incapable de parler. Et elle a fini en pleurs devant toute la classe…
Christine tend un verre d’eau à Sean, qui l’avale d’un trait.
– Ça me désole tellement pour elle. Pourtant, Emily est une bonne élève. Quand on fait des travaux écrits, elle a toujours de bons résultats, mais à l’oral… c’est terrible !
– Tu crains qu’elle rate son année ? demande Christine.
– J’espère que non ! Je vais tout faire pour l’aider, soupire Sean.

Mes alliés!

Les enseignants comme Kalia, Sean et Christine ne sont pas seuls. Ils peuvent compter sur le soutien de nombreux alliés.

• Professionnels

L’orthophoniste est le ou la professionnelle pouvant poser une conclusion de trouble du langage (TDL). Cette conclusion peut être associée à un diagnostic médical posé par un professionnel de la santé.

L’orthopédagogue accompagnera l’élève dans son cheminement scolaire. Il l’aidera à mieux s’organiser et à mieux se concentrer en abordant des stratégies d’apprentissage.

• Parents

Les parents peuvent vous fournir de précieuses informations quant aux forces et aux défis de votre élève. Ils pourraient notamment vous parler d’une situation particulière que vit la famille qui peut expliquer les observations en classe (par exemple un deuil ou un déménagement) ou du fonctionnement de l’enfant à la maison. La communication entre l’enseignant, les parents et les différents professionnels est primordiale pour arrimer les stratégies utilisées à l’école ou à la garderie ET à la maison.

Mon plan de match

Pour aider votre élève à mieux s’exprimer de façon à être compris malgré ses difficultés ou son trouble du langage, nous vous proposons des stratégies concrètes. Elles permettront notamment de favoriser sa participation en classe. Nous vous expliquerons :
– comment aider un élève qui présente des difficultés touchant la prononciation ou la formulation des phrases ;
– comment aider celui qui présente des difficultés d’accès lexical (cherche ses mots en conversation) ;
– et des stratégies spécifiques pour les causeries en classe.

En outre, nous aborderons la question des présentations orales, pour que vous sachiez comment aider votre élève qui présente un trouble du langage à bien se préparer. Vous verrez que ces stratégies sont bénéfiques pour tous les élèves.

Vous retrouverez toutes ces informations dans le guide pratique.

Dans la section Pour en savoir +, vous trouverez aussi des liens vers trois capsules vidéo qui vous montrent concrètement comment aider votre élève à mieux se faire comprendre en l’amenant à s’exprimer plus clairement au moment de raconter sa journée (lors des causeries).

→ Consultez le guide pratique [PDF]

« En équipe de quatre, Christine trouve que ses élèves sont plus motivés »

En équipe de quatre, Christine trouve que ses élèves sont plus motivés. Cette semaine, elle leur demande de parler entre eux d’un texte des frères Grimm qu’ils avaient à lire. De loin, elle les observe et les écoute. Colin ne participe pas à la discussion.
– Colin, as-tu lu le texte ? demande Christine pour l’inviter à participer.
– Oui.
– Alors, qu’est-ce que tu as compris, toi ?
– Il est rentré dans sa maison à cheval, bafouille Colin.
Christine voit bien que son ami Logan fronce les sourcils, mais elle laisse les deux garçons se débrouiller.

– Et après, le cheval est allé à l’écurie, continue Colin.
– Euh, c’est pas ça, s’interpose Léna. C’est l’histoire d’un marchand qui a vendu ses marchandises à la foire. Puis il est retourné à sa maison à cheval. En chemin, il a fait une pause. Là, un garçon de l’écurie lui a dit que son cheval avait perdu un clou à son fer.
Le marchand n’a pas voulu faire réparer le fer du cheval, car il était pressé. Et il est reparti…
Colin dévisage Léna. Soit il n’a pas compris le texte, soit il est incapable de dire ce qu’il en a saisi.

Stratégies pour favoriser la participation en classe

Pour aider votre élève à s’exprimer plus clairement, voici différentes stratégies. Ciblez celles qui vous apparaissent les plus pertinentes en fonction des difficultés de votre élève.

Pour aider votre élève qui présente des difficultés touchant la prononciation ou la formulation des phrases

• Donnez-lui des indices visuels de la façon de prononcer un mot difficile en vous mettant face à votre élève pour qu’il voit bien votre bouche. Vous pouvez redire le mot au ralenti, en le segmentant en syllabes. Plus le mot est long, plus il est difficile.

• Reformulez plus clairement et plus lentement les mots (lorsque l’élève fait des erreurs de prononciation) et les énoncés (lorsque l’élève fait des erreurs dans la phrase sur le plan de la syntaxe ou de l’accord) produits par votre élève en allongeant et en accentuant les sons ou les parties de phrases plus difficiles (par exemple l’élève dit « dinateur », vous reprenez « OOOORRRdinateur ». N’exigez pas qu’il répète, mais encouragez-le fortement lorsqu’il essaie.

• Ajoutez un élément nouveau à l’énoncé de votre élève pour l’amener à allonger et à complexifier ses phrases.

Pour aider votre élève à développer des stratégies pour pallier son manque de mots (difficultés d’accès lexical)

• Donnez-lui des indices visuels de la façon de prononcer un mot difficile en vous mettant face à votre élève pour qu’il voit bien votre bouche. Vous pouvez redire le mot au ralenti, en le segmentant en syllabes. Plus le mot est long, plus il est difficile.

Donnez-lui une phrase à compléter où le mot se retrouve souvent (ex. : « On coupe une feuille avec des… » pour obtenir le mot « ciseaux »).
Rappelez-lui un contexte significatif ou un événement vécu où il a entendu le mot (ex. : « Te souviens-tu quand tu t’es coupé le doigt avec un… » pour obtenir le mot « couteau »).
Posez-lui certains types de questions pouvant évoquer le mot recherché ou suggérez-lui de penser aux caractéristiques de l’objet. Ça fait partie de quelle catégorie ? Ça ressemble à quoi (forme, couleur) ? C’est fait comment ? Quelle est la fonction, ça sert à quoi ? On retrouve ça où ? À quel endroit ? À quoi ça te fait penser ? Quel est le premier son du mot ? Le mot comporte combien de syllabes ?

• Décrivez-lui l’objet, dites à quoi il sert, etc. (ex. : « C’est un fruit rouge et on peut faire des tartes avec… » pour obtenir le mot « pommes »).

• Suggérez à votre élève de mimer l’action (ex. : s’il cherche le mot « ballon », il peut faire semblant de lancer l’objet) ou mimez vous-même l’action si vous savez ce que veut désigner votre élève. Il peut aussi être aidant de faire un dessin.

• Fournissez à votre élève le premier son du mot recherché. Par exemple, s’il recherche le mot « souris », vous pouvez lui dire : « une s… ». Si le mot n’est pas trouvé, vous pouvez lui fournir la première syllabe du mot recherché. Par exemple : « une sou… »

• En dernier recours, offrez-lui un choix de réponses (ex. : « C’est un éléphant ou un lion ? »)

• Évitez les questions ouvertes, comme « Qu’est-ce que tu veux dire ? »

Pour aider votre élève à participer aux causeries

• Évitez de poser des questions trop vagues à votre élève (ex. : Qu’as-tu fait hier ? Pourquoi as-tu aimé
l’activité ?).

• Privilégiez les questions à réponses courtes (ex. : Où es-tu allé ? Qui a joué avec toi ?).

• Laissez le temps à l’élève de développer ses idées, de les mettre en ordre, de trouver ses mots et de les prononcer (5 secondes).

• Ne lui posez pas de questions lorsqu’il est en train de chercher comment dire son idée.

• Lorsque l’élève ne peut donner de réponse, proposez-lui un choix de réponses.

• Utilisez un support visuel afin de représenter les informations pertinentes à donner lorsqu’on veut raconter un événement (Qui ? Où ? Quand ? Quoi ? Comment ? Pourquoi ?).

N’oubliez pas de contribuer à l’estime de soi de votre élève en le félicitant pour ses efforts malgré la difficulté de la tâche. De plus, il est important de créer un bon climat en classe en faisant respecter le tour de parole et en vous assurant que votre élève n’est pas interrompu par ses pairs au moment où il veut tenter une réponse.

Parce que chaque effort compte…

Si un suivi orthophonique est recommandé à la suite de l’évaluation, l’implication de l’enseignant ou de l’enseignante et des parents sera des plus importantes, voire essentielle au succès de la thérapie. Même en dehors des séances d’orthophonie, chacun peut faire une différence. C’est un travail d’équipe!

En tant qu’enseignant, vous avez un rôle essentiel à jouer dans le cheminement de votre élève. Renseignez-vous sur ce qui se passe dans sa vie familiale. Maintenez une communication ouverte avec ses parents. Restez aussi en contact avec les autres intervenants de l’équipe scolaire. Sachez tirer profit de l’expertise des spécialistes qui vous entourent lorsque vous en avez besoin.

Sans un soutien en orthophonie planifié et spécifique aux besoins de l’enfant, il y a peu de chances que les habiletés langagières de votre élève s’améliorent.

« Colin a toujours autant de difficultés à comprendre un texte »

Colin a toujours autant de difficultés à comprendre un texte. Et le prochain travail risque d’être encore plus ardu pour lui.
– Pour la semaine prochaine, je veux que chacun de vous prépare une présentation orale sur un sujet d’actualité. Vous présenterez l’événement et des pistes de solution avec la problématique. Aujourd’hui, vous allez choisir votre sujet.
– Est-ce que je peux parler des réseaux sociaux ? demande Léna.
– Bien sûr !
– Moi, je veux parler des nouveaux astronautes dans la station orbitale, s’exclame Logan.

– Parfait ! Et toi, Colin, as-tu choisi ?
Comme toujours, il est bloqué devant la tâche qui l’attend.
– Choisis un sujet qui t’intéresse, que tu connais bien… lui dit Christine.
– Les volcans ? Je peux ? demande-t-il tout hésitant.
– Bien entendu ! Il vient d’y avoir une éruption aux Philippines… C’est vraiment un sujet d’actualité, l’encourage-t-elle.
Pourtant, elle voit bien sur son visage qu’il est inquiet. Le fait de s’exprimer oralement devant ses camarades le fige sur sa chaise.

Comment aider vos élèves à préparer leurs présentations orales

Les présentations orales représentent une bête noire pour bien des élèves. Le défi de parler en public de manière à se faire comprendre peut être amplifié quand on présente un trouble du langage. Comment aider vos élèves à préparer leurs présentations orales ?

• Spécifiez à l’élève l’objectif de prise de parole, par exemple, informer, motiver, convaincre, distraire, etc.

• Encouragez votre élève à bien connaître son sujet et à maximiser la qualité du contenu par une recherche diversifiée et bien documentée. Plus nous maîtrisons et comprenons le sujet, plus il nous est facile d’en parler.

• Dites à l’élève qu’il évite d’apprendre par cœur. Invitez-le à privilégier les exemples concrets et les histoires (c’est ce que l’auditoire retiendra).

• Encouragez-le à noter sur des fiches ce qu’il est primordial de dire pour lui, les « essentiels ». Permettez-lui d’utiliser ses fiches le jour de la présentation en guise d’aide-mémoire.

• Encouragez-le à s’exercer devant des gens de confiance. Permettez-lui, s’il le souhaite, de faire sa présentation devant un plus petit auditoire ou devant vous seulement.

• Encouragez-le à faire une liste de toutes les questions qui pourraient lui être posées et à s’exercer à y répondre.

• Réduisez les contraintes de temps. Ne le faites pas passer juste avant la cloche par exemple.

• Si possible, informez votre élève de son rang de passation pour diminuer son stress.

• Incitez-le à utiliser un support visuel comme un diaporama, au besoin, pour capter l’attention de l’auditoire. S’il utilise un diaporama, incitez-le à écrire seulement les points clés pour qu’il soit lisible et pertinent.

• Demandez à votre élève s’il est à l’aise qu’on commente ou qu’on lui pose des questions pendant sa présentation ou s’il préfère qu’on attende à la fin pour ne pas être interrompu et maximiser ses chances de bien s’exprimer. Avisez l’auditoire en fonction de la décision de l’élève.

→ Consultez le guide pratique [PDF]

Réalité partagée

« Le jour de la présentation, Christine est sans doute plus stressée que son élève »

Béatrice, l’orthophoniste de Colin, est vraiment une perle.
– Envoie-moi le sujet choisi par Colin pour sa présentation orale, a-t-elle proposé à Christine. Je vais l’intégrer à ses activités de thérapie.
Le jour de la présentation, Christine est sans doute plus stressée que son élève.
– Veux-tu seulement la présenter à ton équipe habituelle ? lui a-t-elle proposé.
– Non, ça va aller ! Je vais le faire devant toute la classe.
Le cœur de Christine se serre.
– Pourvu qu’il y arrive. S’il fallait qu’il subisse des moqueries, il en serait dévasté… et moi aussi, songe-t-elle.

– Le volcan Taal a craché de la lave, cette semaine, aux Philippines, commence Colin, en montrant des photos téléchargées sur le Web. Une gigantesque colonne de cendres et de fumée zébrée d’éclairs a été visible jusqu’à plusieurs centaines de kilomètres.
Au fur et à mesure de sa présentation, Colin prend de l’assurance. Il s’est préparé toute la semaine avec l’aide de Béatrice.
Lorsqu’il semble chercher ses mots, Christine le laisse consulter ses fiches. Elle ne lui pose pas de questions pour le relancer comme elle le faisait auparavant.
– Heureusement, la population a été évacuée, termine Colin.
Un grand sourire se dessine sur son visage. Et lorsque ses camarades applaudissent, il comprend qu’il a fait une excellente présentation orale.
– Excellent !
Christine le félicite, probablement aussi soulagée que lui.
Grâce à Béatrice, Colin a su construire des aide-mémoire qui l’ont aidé à rendre sa présentation très vivante et détaillée. C’est encourageant!

Pour en savoir plus

Au fil des ans, l’Institut a développé de nombreux outils pour assurer l’égalité des chances des personnes qui vivent avec un trouble d’apprentissage, leur permettre de développer pleinement leur potentiel et de contribuer positivement à la société. Voici quelques unes des ressources sélectionnées pour vous, n’hésitez pas à les consulter.

D’une durée de 3 heures, le webinaire Développement du langage : Repères développementaux et indices de difficultés vous permettra de reconnaître les signes de difficultés langagières chez les enfants de 0 à 5 ans, d’offrir une stimulation précoce et de vous diriger vers les ressources disponibles advenant des difficultés de langage. Les mythes et réalités au sujet du bilinguisme et du développement langagier chez les enfants allophones sont également abordés, sans oublier les stratégies de stimulation du langage et d’intervention précoce.

D’une durée de 2 heures 30, le webinaire Le plan d’intervention : une démarche à démystifier vous permettra de comprendre la démarche du plan d’intervention (PI). Celui-ci permet de favoriser la concertation et la collaboration des différents acteurs qui soutiennent un élève ayant des difficultés dans son parcours scolaire. Comment placer l’élève au centre de la démarche? Quels sont les rôles et responsabilités de chacun des partenaires? Comment faire pour que la démarche soit réellement au service de l’élève ? Cet atelier interactif tentera de répondre à ces questions.

La vidéo Comment aider mon enfant à s’exprimer plus clairement? présente des trucs et astuces simples pour aider votre élève à mieux prononcer les sons, à développer son vocabulaire et à s’exprimer plus clairement.

La vidéo Comment amener mon enfant à raconter sa journée présente des trucs et astuces simples pour aider vos élèves à développer leurs discours narratifs.

Pour aller plus loin



Références utiles

Ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec (OOAQ)
Référez-vous à l’OOAQ en consultant l’annuaire de ses membres dans le secteur public ou en pratique privée afin de trouver des services en orthophonie dans votre région.

Au-delà des mots : le trouble développemental du langage
(2e édition) – Livre publié aux Éditions du CHU Sainte-Justine (2019).
Ce guide définit les caractéristiques du trouble avec nuance, s’attaque aux mythes qui y sont liés et permet de se préparer au diagnostic. Mettant de l’avant une approche multidisciplinaire, il relève tous les impacts sur le développement de l’enfant et permet de mieux intervenir dans le processus de réadaptation.

Raising Awareness of Developmental Language Disorder (RADLD)
Initiative créée pour sensibiliser la population à l’international au trouble développemental du langage. Ressources expliquant le TDL et ses impacts. (En anglais)

DLD & Me
Initiative ayant pour but de sensibiliser le grand public au TDL et d’offrir du soutien et des ressources aux parents et aux individus concernés. (En anglais)

Naître et grandir
Source d’information fiable et validée scientifiquement, Naître et grandir a pour mission de soutenir quotidiennement les parents du Québec dans leur rôle auprès de leur enfant, dès la conception jusqu’à 8 ans.


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