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Dyslexie-dysorthographie
Soutenir mes élèves en écriture

« Tu n’as pas écrit grand-chose dans ton compte-rendu sur le Biodôme »

— Nathaniel, tu n’as pas écrit grand-chose dans ton compte rendu sur le Biodôme. Est-ce que tu veux ajouter des éléments à l’oral ?
Assis sur une chaise près de mon bureau, le garçon relate avec enthousiasme sa visite d’il y a quelques jours. Il ne lésine pas sur les détails, parvenant même à citer quelques phrases de notre guide.
Comme je m’en doutais, cette sortie lui a beaucoup plu. Nathaniel a retenu de très nombreuses informations. Il aurait donc été dommage de l’évaluer uniquement sur la copie qu’il m’a rendue.

Toutefois, j’ai peur de ne pas être en mesure de faire cet exercice avec lui pour chaque rédaction. Ça risque de me prendre beaucoup de temps et d’autres élèves ont besoin de soutien, mais si je ne m’implique pas pour l’accompagner dans ses travaux d’écriture, qui le fera à ma place ?

Mes alliés!

Les enseignantes et les enseignants comme Killian sont nombreux à se demander comment accompagner leurs élèves avec une dyslexie-dysorthographie. Heureusement, ces intervenantes et ces intervenants ne sont pas seuls.

• Parents

Les parents représentent les premiers alliés. Ils doivent être impliqués lorsqu’il faut agir pour améliorer le parcours scolaire de leur enfant, surtout parce qu’ils connaissent le tempérament de vos élèves et que leur collaboration est essentielle pour maximiser les effets des interventions à l’école.

• Milieu scolaire

Les techniciennes et les techniciens en éducation spécialisée sont d’excellents partenaires. Ils et elles peuvent aider vos élèves à mieux vivre avec leur trouble d’apprentissage et à développer des stratégies de travail en fonction de leurs mesures d’adaptation en classe.

• Professionnels

L’orthopédagogue est un acteur clé pour vous aider avec les difficultés de vos élèves. En lecture et en écriture, son rôle est d’évaluer et d’intervenir auprès de ceux et celles qui rencontrent des difficultés plus spécifiques. L’orthopédagogue saura déterminer les mesures d’adaptations appropriées à leurs besoins et vous guider dans le choix des stratégies à adopter en classe.

L’orthophoniste est pour sa part le professionnel désigné à l’évaluation et à l’intervention des habiletés langagières tant à l’oral qu’à l’écrit. Il peut poser la conclusion de dyslexie-dysorthographie. En ce sens, le travail des orthophonistes guide et complète celui des orthopédagogues. N’hésitez pas à entrer en contact avec eux.

Mon plan de match

L’amélioration des compétences en écriture pour les élèves qui souffrent de dyslexie-dysorthographie ou qui rencontrent des difficultés du même type vient d’abord avec un soutien ciblé élaboré par un professionnel. C’est en recevant un suivi régulier et efficace qu’ils ou elles progresseront dans leurs habiletés à l’écrit.

Cependant, votre collaboration est essentielle dans cette démarche, car elle permet de maximiser les effets de ses interventions auprès de l’élève. En effet, les stratégies d’enseignement que vous employez sont bénéfiques pour son apprentissage. Ci-dessous, nous vous présentons quelques conseils pour accompagner vos élèves lorsqu’ils écrivent. Dans un deuxième temps, nous vous proposons des stratégies pour créer un environnement stimulant pour l’écriture.

« J’ai demandé à mes élèves d’inventer une histoire en lien avec l’Halloween »

On est au mois d’octobre. J’ai demandé à mes élèves d’inventer une histoire avec un personnage de leur choix, en lien avec l’Halloween. Pantins farceurs, citrouilles maléfiques, clowns terrifiants et autres loups-garous hurleurs sont mis en scène dans les copies que j’ai grand plaisir à corriger.
Celle de Nathaniel, toutefois, me laisse songeur.
Plusieurs phrases sont incompréhensibles. Le garçon a tendance à répéter les mêmes mots. Je prends le temps d’en lire une plusieurs fois pour essayer d’en comprendre le sens :
« Le ven souf sur la maison est labre avé froit ses la jantand ouuuuu. »
Je passe une main dans mes cheveux, un peu décontenancé. Comment puis-je apprécier l’enchaînement des idées de Nathaniel si je ne saisis pas le sens de ses phrases ?

Conseils pour accompagner vos élèves lorsqu’ils rencontrent des difficultés en écriture

Bien que le type de défis en écriture varie d’un élève à un autre, voici quelques stratégies que vous pouvez employer pour les aider en écriture :

1. Offrez de la rétroaction

Lorsque votre élève a de la difficulté à écrire un mot, laissez-lui la chance de l’orthographier comme il pense. Si la valeur sonore du mot n’est pas respectée, lisez-lui ce qu’il vient d’écrire et tentez de déterminer ensemble quelles sont les corrections à apporter. Sinon, montrez-lui comment le mot s’écrit. Pour ces difficultés, un aide-mémoire ou un dictionnaire facilitant les correspondances entre les lettres et les sons, comme Eurêka, peuvent être utiles à intégrer auprès de cet élève en classe.

2. Recentrez les élèves sur l’objectif de l’écriture


Comparativement à la lecture, l’écriture demande davantage d’énergie cognitive à vos élèves, et particulièrement ceux qui ont une souffrent dyslexie-dysorthographie. En effet, en plus de devoir écrire correctement les mots, ils doivent les choisir, et ce, en fonction d’idées et de phrases qu’ils doivent aussi produire. Cela dit, lorsque ces élèves rédigent un texte, encouragez-les à se concentrer d’abord sur la formulation de leurs phrases en fonction de leurs idées. Pour ce faire, ils peuvent les verbaliser tout haut ou même s’enregistrer s’ils le désirent. C’est lorsqu’ils auront terminé d’écrire leur texte qu’il sera plus approprié pour eux de mettre de l’énergie sur la correction de leurs mots. À cette étape, vous pouvez même leur lire certains passages à voix haute afin de les aider à déterminer quelles sont leurs erreurs.

3. Adaptez les tâches d’écriture

Lorsqu’ils écrivent, vos élèves atteints de dyslexie-dysorthographie tombent plus rapidement en surcharge cognitive que les autres. C’est entre autres pour cette raison qu’ils ont souvent droit à des mesures d’adaptation allégeant leur production de textes. Pour les aider à ce propos, vous pouvez :
• Permettre l’utilisation d’un aide-mémoire ou d’un dictionnaire facilitant les correspondances entre les sons et les lettres (Eurêka) ;
• Autoriser la rédaction d’une seule copie (brouillon) ;
• À l’occasion, transcrire ce qu’ils veulent écrire ou permettre de verbaliser leurs réponses à l’oral ;
• Mettre en place des outils d’aide technologique (traitement de texte, prédiction de mots et rétroaction vocale).

4. Restez à l'affût des signes de fatigue

Évidemment, pour un élève qui n’a pas automatisé le code écrit, construire des phrases et des textes est une tâche laborieuse. Il est certain qu’il doit continuer de pratiquer ses habiletés alors qu’elles s’amélioreront avec le temps. Cela dit, lorsque vous jugez que votre élève est épuisé par une tâche d’écriture, faites preuve de flexibilité. Par exemple, permettez-lui de verbaliser ses réponses à l’oral et écrivez-les pour lui. Cela lui permettra de vivre des réussites autrement et aussi de ne pas oublier que l’écriture est en avant tout un moyen de se faire comprendre.

Parce que chaque effort compte…

Plusieurs stratégies existent pour accompagner vos élèves éprouvant des difficultés spécifiques en écriture. Si vous êtes inquiet de ne pas choisir les plus efficaces, ne soyez pas gêné d’entrer en contact avec les professionnels qui interviennent auprès de ces élèves. Ils vous aideront à valider votre approche et vous offriront des conseils. Sachez que vos questions seront toujours bien accueillies.

« Aïsha est la première à se lever »

Aïsha est la première à se lever de sa chaise pour venir déposer son évaluation sur mon bureau.
Respectant la consigne que j’ai donnée à toute la classe avant le test, elle va chercher un roman et retourne à sa place pour le lire. Rapidement, d’autres élèves l’imitent. Bientôt, les copies forment une tour un peu bancale à côté de moi.
Dix minutes plus tard, trois élèves ne m’ont pas encore rendu leur évaluation. Parmi eux se trouve Nathaniel. Je constate que son visage est fermé. Bien qu’il soit penché sur sa copie, je vois des larmes tomber sur sa feuille.

La cloche sonne au même moment, annonçant la récréation. J’invite les élèves à sortir et je propose à ceux qui n’ont pas fini de rester quelques minutes supplémentaires en classe.
Touché par la détresse de Nathaniel, je m’accroupis à côté de sa table.
— Ça ne va pas, mon grand ?
— Je suis nul, dit-il entre deux sanglots.
— Qui t’a mis cette idée-là dans la tête ?
Il hausse les épaules et renifle.
Je jette un coup d’œil discret à sa copie et constate qu’il n’a rédigé que deux réponses sur six.
C’est décidé, ce midi, je prends rendez-vous avec l’orthopédagogue pour qu’elle m’aide à développer des méthodes d’apprentissage qui aideront Nathaniel ainsi que ceux et celles qui ont des difficultés en écriture.

Stratégies pour créer un environnement stimulant pour l’écriture

La maîtrise de l’écriture est essentielle dans toutes les matières à l’école. Pour devenir une scriptrice ou un scripteur compétent, il n’y a pas de mystère : il faut s’exercer. Les élèves souffrant de dyslexie-dysorthographie ou ayant des difficultés spécifiques en écriture ont besoin de plus de temps de pratique que leurs pairs. Malheureusement, ceux et celles pour qui l’écriture représente un défi aiment moins écrire et évitent de le faire. Par conséquent, leurs compétences s’améliorent très lentement ou pas du tout.
Voici cinq stratégies pour motiver vos élèves :

1. Faites-les écrire dans des contextes signifiants pour eux
Lorsque vous proposez des tâches d’écriture signifiantes qui ont un réel destinataire, vos élèves seront plus engagés et motivés à les réaliser. Vous pouvez, par exemple, rédiger des lettres au directeur de l’école pour lui suggérer des idées d’activités pour l’école ou
faire un salon du livre où la famille et les parents seront invités.

2. Faites-les écrire souvent au quotidien
Chaque occasion est bonne pour pratiquer l’écriture. Et c’est aussi en mettant de l’avant l’importance que l’écriture représente dans notre quotidien que vos élèves verront l’utilité de s’améliorer. Pour ce faire, vous pouvez les inviter à écrire la planification de la journée, à produire des étiquettes pour organiser les espaces dans la classe ou même à écrire la phrase du jour au tableau. Laissez aller votre imagination !

3. Faites-les écrire à l’ordinateur
Plusieurs élèves atteints de dyslexie-dysorthographie rencontrent également de la difficulté au moment de faire le geste moteur et de respecter la calligraphie. Rédiger à l’ordinateur peut être un bon moyen pour les motiver en les déchargeant de cette activité. D’ailleurs, certains de ces élèves auront ou ont droit à des aides technologiques ; il s’avère donc pertinent de les utiliser le plus tôt possible au clavier.

4. Réalisez des ateliers d’écriture
Les ateliers d’écriture sont de plus en plus utilisés dans les classes du primaire et du secondaire et ils méritent amplement leur popularité. Fondés sur des pratiques probantes, ils sont une excellente façon de motiver vos élèves et d’améliorer leurs compétences spécifiques en écriture. Pour vos élèves en difficulté, ces ateliers leur permettent de rédiger plus souvent, de ne pas s’épuiser par une tâche complexe et d’apprendre à mieux gérer les activités d’écriture en fonction des défis qu’ils rencontrent.

5. Enseignez la morphologie
Passer par la morphologie pour enseigner la lecture et l’écriture est un moyen efficace d’améliorer les habiletés de vos élèves en difficulté et aussi celles de l’ensemble de votre classe. Pour les élèves qui ont de la difficulté en écriture, cela peut leur permettre de se représenter plus facilement l’orthographe d’un mot ; s’ils savent que « lent » est dans la même famille que « lentement », ils auront plus de facilité à ajouter un « t » à la fin du mot. D’ailleurs, la morphologie peut également aider l’ensemble de vos élèves à mieux comprendre en lecture : s’ils savent que le suffixe « ette » veut dire petit, ils comprendront que « camionnette » signifie un petit camion.

Comme enseignant ou comme enseignante, l’importance que vous accordez à l’écriture et à la langue a une grande influence sur l’engagement de vos élèves dans ces tâches. Effectivement, l’écriture peut prendre une tout autre signification lorsqu’on réalise des activités qui sont valorisantes, sur lesquelles on a du contrôle et où on peut voir des améliorations.

Réalité partagée

« Bobette ! »

— Camionnette !
— Fourchette !
— Bobette !
Toute la classe éclate de rire. Je croise les bras et me tourne vers Nathaniel, qui vient de lancer le dernier mot.
— Ah oui ? Si une camionnette est un petit camion et si une fourchette est une petite fourche, que veut dire « bobette » selon toi ?
Le garçon sourit avec malice :
— C’est un petit Bob !
Fou rire général parmi les élèves. J’avoue avoir du mal à rester sérieux, moi aussi.

Je lance, amusé :
— Eh bien, ce n’est peut-être pas la réponse exacte, mais je suis heureux de voir que tu as retenu la leçon ! Maintenant, pouvez-vous me donner des mots qui finissent par « on » et qui représentent aussi quelque chose de plus petit ?
— Chaton !
— Ourson !
Nathaniel lève la main si brusquement qu’il manque de tomber de sa chaise. À voir sa face, je suis certain qu’il a encore trouvé un mot qui fera rire ses camarades.
Curieux, et un peu craintif aussi, je lui donne la parole. Après tout, en classe, on a aussi le droit de s’amuser de temps en temps !

Pour en savoir plus

Au fil des ans, l’Institut des troubles d’apprentissage a développé de nombreux outils pour assurer l’égalité des chances des personnes vivant avec un trouble d’apprentissage, leur permettre de développer pleinement leur potentiel et de contribuer positivement à la société. Voici quelques-unes des ressources sélectionnées pour vous. N’hésitez pas à les consulter.

Le site Morpho+ fait découvrir la morphologie et propose plusieurs activités et ateliers à faire en classe.

Cette formation présente les principales causes, caractéristiques et manifestations de la dyslexie-dysorthographie. Elle expose aussi les différents mécanismes impliqués dans les mesures de soutien et les stratégies d’enseignement pouvant favoriser l’apprentissage et la réussite des enfants présentant une dyslexie-dysorthographie.

→ Découvrir la formation Dyslexie et dysorthographie chez les élèves (primaire, secondaire et postsecondaire)

Pour aller plus loin


À consulter

Documentation sur la dyslexie-dysorthographie
Naitreetgrandir.com
Articles et dossiers thématiques pour accompagner les enfants avec un trouble d’apprentissage
TA à l’école
Trousse d’intervention appuyée par la recherche pour l’enseignement de la lecture et de l’écriture
Réseau canadien de recherche sur le langage et l’alphabétisation
Outils pédagogiques pour l’enseignement de la lecture
ADEL
Ressource pour les parents et le corps enseignant sur la morphologie
Morphoplus
En recherche d’un professionnel ou d’une professionnelle pour une évaluation ou un suivi ?
Liste des bottins des membres du personnel professionnel
Le Service national du RECIT, Adaptation scolaire, offre une foule d’informations utiles, notamment sur les outils et fonctions de l’aide technologique.
Recitas.ca

À lire

Tessier, A. et Poirier, P. (2019). Dyslexie et dysorthographie : la boîte à outils.
Aux éditions de Mortagne
Poirier, P. et Morin, J. (2019). La dyslexie et la dysorthographie racontées aux enfants.
Aux éditions de Mortagne
Latulippe, M. et Poulin, P. (2020). Non aux étiquettes !
Dominique et Compagnie
Fortin, A. L’apprenant et ses aides technologiques en lecture et en écriture : comment l’accompagner au quotidien ?
Aux éditions Horizons

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