Qu’est-ce qu’une évaluation orthopédagogique?

Définition

L’évaluation orthopédagogique, parfois appelée évaluation diagnostique, vise à cibler quels sont les processus fonctionnels et déficitaires chez les élèves. En termes plus simples, son but est de préciser les processus cognitifs qui sont affectés soit en lecture, en écriture ou en mathématique. Toujours dans le but de bien accompagner les apprenants.

Prenons par exemple la lecture qui fait appel à de nombreux processus cognitifs. Lorsqu’un enfant lit, il doit déployer de nombreuses stratégies et habiletés. L’évaluation diagnostique permet de savoir lesquelles sont fonctionnelles et lesquelles nécessitent une rééducation. L’évaluation ressemble donc à une démarche de résolution de problèmes.

Bien entendu, il n’est pas obligatoire d’avoir une évaluation formelle qui vise à poser un « diagnostic » pour avoir droit à des services en milieu scolaire public au primaire ainsi qu’au secondaire. Mais faire évaluer son enfant par une orthopédagogue qualifiée peut s’avérer fort utile !

Quels sont les avantages d’une évaluation orthopédagogique?

1. Avoir une idée de la sévérité des difficultés
Dans le bulletin scolaire, ce sont les compétences à lire-écrire/mathématiques dans leur ensemble qui sont évaluées. L’orthopédagogue qualifiée évalue des sous-composantes précises et essentielles à ces compétences. La performance de l’enfant sera ensuite comparée à une norme, c’est-à-dire qu’on pourra situer l’enfant en comparaison à des élèves de même niveau scolaire, de même âge sur ces habiletés précises. Cela permettra alors de préciser où se trouvent les difficultés et de les qualifier, selon qu’elles sont sévères, moyennes ou légères.

2. Mieux comprendre d’où viennent les difficultés
Une évaluation orthopédagogique complète permet de préciser d’où viennent les difficultés. Cette meilleure compréhension rassure souvent autant les parents que les enfants eux-mêmes, car enfin ils peuvent mettre des mots sur les difficultés vécues (parfois depuis longtemps). L’évaluation précisera s’il s’agit de difficultés qui semblent passagères, s’il s’agit de difficultés qui ressemblent à un trouble d’apprentissage, si d’autres habiletés plus générales semblent touchées, etc.

3. Déterminer le plan d’action pour aider l’enfant
Les informations obtenues par l’évaluation sont précieuses pour aider concrètement l’enfant. Des propositions pourront être formulées à propos :
– du contenu de l’intervention à privilégier pour soutenir l’enfant dans ses difficultés (ex : une rééducation serait-elle nécessaire?)
– des moyens adaptés à sa situation qui pourraient être mis en place, notamment pour la classe (ex : le recours à des outils technologiques serait-il pertinent?)
– de la consultation possible d’autres professionnels lorsque cela semble pertinent, soit pour mieux comprendre, soit pour mieux orienter les interventions à faire (ex: orthophonie pour un doute sur le langage oral, neuropsychologie pour un doute sur les capacités attentionnelles, etc.) … le tout, dans le but de soutenir le mieux possible la réussite et le bien-être de l’enfant, évidemment.

Quelles sont les étapes d’une évaluation orthopédagogique?

Pendant une évaluation, l’orthopédagogue tente de découvrir quels mécanismes cognitifs impliqués dans la lecture-écriture fonctionnent bien, lesquels fonctionnement moins bien, et quelles sont les connaissances nécessaires que l’enfant maîtrise ou non. C’est un peu le même principe pour les mathématiques.

Étape 1 – L’analyse de la situation de l’élève

L’orthopédagogue dresse un portrait global de l’élève dans toutes les sphères de son développement. Il cherche des indicateurs dans son développement langagier, moteur, personnel et scolaire qui pourraient aider à situer les difficultés dans le temps et éventuellement à les expliquer. Cette recherche d’informations peut orienter l’évaluation, car elle donne des pistes sur la provenance des difficultés. À cette étape, si l’apprenant est un élève, les parents ainsi que les divers intervenants qui travaillent auprès de lui seront consultés.

Étape 2 – La sélection des épreuves à utiliser

À la lumière de l’analyse de la situation, l’orthopédagogue sélectionne les épreuves qui seront utiles à l’évaluation. Bien entendu, elles seront en lien avec la ou les compétences à évaluer.

Étape 3 – Les rencontres d’évaluation

L’orthopédagogue rencontre l’apprenant qui doit accomplir des tâches variées spécialement sélectionnées ou conçues pour évaluer des compétences précises. Ces rencontres s’échelonnent généralement sur deux à trois séances d’une durée approximative d’une heure.

Étape 4 – L’analyse et l’interprétation des données

L’orthopédagogue analyse et interprète les résultats aux épreuves administrées.

Étape 5 – La rédaction du rapport d’évaluation orthopédagogique

Un rapport est rédigé. Pour chaque compétence, les processus déficitaires et fonctionnels seront identifiés. De plus, des pistes d’intervention appropriées seront suggérées.

Étape 6 – La communication des résultats

Il est primordial que les parents et l’apprenant comprennent bien le rapport d’évaluation. Parfois, un langage spécifique au champ d’études est utilisé et il est doit être vulgarisé pour être bien compris de tous. L’apprenant doit aussi bien saisir quelles sont les forces sur lesquelles il peut s’appuyer ainsi que ses défis.

Étape 7 – La mise en place des interventions suggérées

Les interventions doivent être mises en place en considérant les besoins de l’apprenant et les forces ciblées dans l’évaluation. Une intervention précise et spécifique reconnue comme plus efficace peut alors être déployée. À la suite d’une évaluation diagnostique, il arrive qu’un plan d’intervention[MG1] soit mis en place ou encore que d’autres évaluations complémentaires soient recommandées. [MG2]

Généralement cette démarche se demande autour de 3 rencontres avec l’apprenant en difficulté et plusieurs heures d’analyse et de rédaction. Elle peut être mise en place dans les milieux scolaires, mais comme elle nécessite beaucoup de ressources, elle n’est pas toujours facile à déployer. Des cliniques privées et organismes font également des évaluations diagnostiques.

Cohabitation fréquente

Il n’est pas rare que les difficultés d’apprentissage soient la conséquence d’une autre condition ou tout simplement qu’elles cohabitent avec une autre difficulté ou encore avec un trouble. Dans le jargon on appelle ça des comorbidités ou encore des concomitances.
En effet, il pourrait arriver, par exemple, qu’un apprenant qui présente un trouble de la lecture vive également avec un déficit d’attention.

Pousser plus loin l’évaluation orthopédagogique?

Comme vu précédemment, l’objectif de l’évaluation orthopédagogique est d’identifier les capacités et les limites de l’élève sur le plan des apprentissages afin de cibler un objectif de rééducation précis et des moyens d’y arriver. Il arrive toutefois lors de cette investigation que l’orthopédagogue et l’enseignant observent des manifestations d’autres troubles ou de difficultés associés et il est alors important d’investiguer plus loin.

Faire d’autres évaluations suite au rapport d’évaluation orthopédagogique?

Il est donc parfois suggéré de pousser plus loin l’investigation pour mieux comprendre la cause d’une difficulté ou pour mieux intervenir en connaissant les forces et les limites de l’apprenant. L’objectif premier est toujours de soutenir le mieux possible l’apprenant en difficulté.

Dans certains cas, l’obtention d’un diagnostic justifie également le recours à d’autres évaluations. Il faut savoir qu’avec la politique de l’adaptation scolaire en vigueur dans les écoles primaires et secondaires, les diagnostics en lien avec les troubles d’apprentissage ne sont pas nécessaires pour obtenir des services. Les services se déploient en fonction des besoins des élèves. Toutefois, lors du passage vers le cégep et l’université, bien que les services soient encore déployés pour répondre aux besoins, pour y avoir accès un diagnostic est généralement demandé. Un apprenant qui arrive au post-secondaire doit donc obtenir un diagnostic pour avoir accès à certains outils technologiques et à des mesures adaptatives lors des évaluations.

Comme la loi n’autorise pas les orthopédagogues à poser des diagnostics, lorsqu’ils observent des manifestations parlantes d’un trouble d’apprentissage, ils orientent les gens qui désirent obtenir un diagnostic vers les professionnels habilités à le faire.

Pour bien illustrer le tout, voici dans un tableau schématique les principales manifestations qui peuvent être observées pendant l’évaluation orthopédagogique ou qui ont parfois soulevées durant la cueillette d’informations qui précède l’évaluation orthopédagogique, dans le but de mieux comprendre, de mieux intervenir ou d’obtenir un diagnostic.

Quoi qu’il en soit, faire appel à un spécialiste allégera sans aucun doute les conséquences pouvant être vécues par l’enfant en difficulté ainsi que ses parents.

Il est à noter qu’au Québec, selon la loi 21, seuls les médecins, psychologues et neuropsychologues sont habilités à poser un diagnostic en lien avec les troubles d’apprentissage et les troubles associés. Ils le font toutefois en consultant les autres professionnels impliqués dans l’évaluation et l’intervention.


DOSSIER RÉDIGÉ PAR MARIE-NEIGE SÉNÉCAL ET MARIE-JULIE GODBOUT
Orthopédagogues (M. Éd.)

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