Le suivi des consignes

Trois interventions simples qui ont fait leurs
preuves sur le respect des consignes

 

Un des problèmes les plus fréquemment rencontrés en classe est celui du refus de suivre les directives. Des parents vivent souvent la même situation à la maison.

Les études sur la question ont permis d’identifier des manières de faire qui améliorent le suivi des consignes par les enfants et par les adolescents autant à l’école qu’à la maison. Par la même occasion, ces manières ont pour effet  de diminuer la fréquence et l’intensité des comportements problématiques, indépendamment que l’enfant ait reçu un diagnostic de trouble spécifique d’apprentissage, de trouble de déficit de l’attention avec/sans hyperactivité ou de trouble d’opposition.1 2

Les trois interventions suivantes sont simples à mettre en place, ne nécessitent que peu de préparation et leur efficacité est bien soutenue par la recherche3 :
1- Utiliser la louange de précision pour renforcer l’obéissance.
2- Surfer sur une vague d’obéissance en créant un élan positif.
3- Offrir un choix choix à l’enfant sur la manière de suivre la consigne.

1- Utiliser la louange de précision pour renforcer l’obéissance

Émettre un commentaire positif en nommant précisément le comportement observé est une intervention puissante mais sous-utilisée4. Le parent doit mentionner l’action ou le geste posé par son enfant et  reconnaître qu’il l’a apprécié.

Pour être efficace, la louange de précision doit généralement se produire dans les minutes qui suivent le comportement que l’on veut renforcer, tout particulièrement s’il s’agit de l’acquisition d’une nouvelle compétence. Plus l’intervalle entre les comportements et sa reconnaissance est grand, moins l’effet du commentaire positif sera important.

Voici une liste de vérification pour utiliser efficacement la louange de précision. La louange doit…

Donner des félicitations au jeune le plus tôt possible après l’apparition du comportement. Pour les comportements de plus longue durée (faire le ménage de sa chambre, passer l’aspirateur, etc.), offrir des louanges de précision périodiquement pendant l’activité pour reconnaître et pour encourager l’effort.

Lorsque votre jeune a fait son lit, lui dire : « Je viens de voir que tu as fait ta chambre. Ton couvre-lit est vraiment bien placé. Beau travail! », plutôt que « Ta chambre est OK, c’est bien beau. »

Féliciter votre enfant ou votre adolescent quand et seulement quand il a suivi la consigne. La louange utilisée comme encouragement avant que le comportement ne se manifeste peut être inefficace et, par inadvertance, renforcer un comportement inapproprié.

Les études indiquent que les commentaires positifs ne sont pas suffisamment utilisés, en particulier avec les jeunes qui vivent des difficultés émotives ou comportementales.

Voici quelques exemples de phrases à utiliser pour offrir des louanges précises et claires. Il s’agit de nommer, dans l’espace laissé libre, le comportement que l’on veut renforcer :

Exemples de phrases

Tu y es. Tu as __________.

Tu es sur la bonne voie. Tu es maintenant capable de _____________.

Ça (nommer le comportement), tu le fais très bien.

Je suis ravi de te voir travailler ainsi. Tu ___________.

Je savais que tu y arriverais. Tu______________.

Ça y est! Tu l’as! Tu ______________.

Ne lâche pas, tu t’améliores. Je viens de voir que tu _______________.

À te regarder faire _______________ semble facile.

Fameux. Tu _______________.

C’est la bonne façon de faire. Tu _______________.

Tu y es presque. Il ne te reste qu’à ____________.

Tu as fait un excellent travail! En effet tu as ___________ !

2- Surfer sur une vague d’obéissance en créant un élan positif

Lorsqu’un parent constate qu’un enfant est moins susceptible d’obéir à certaines consignes, il peut lui formuler une série de demandes simples plus faciles à accepter. Faire précéder une consigne plus exigeante par quelques demandes plus faciles auxquelles le jeune est plus susceptible d’obéir est en effet une procédure efficace qui est connue depuis longtemps en éducation5.

L’obéissance en succession (surfer sur la vague d’obéissance que l’on vient de susciter) suscite un échange positif à répétition entre le parent et son enfant et diminue la probabilité que l’enfant refuse, par la suite, la demande plus exigeante. Sans être une garantie de succès, ce type d’interventions augmente nettement la probabilité que le jeune obéisse.

Le parent peut d’ailleurs se faire une liste de demandes qui ont une haute probabilité d’être suivies et la consulter au besoin. Vous pouvez utiliser la liste de vérification suivante pour « surfer sur l’obéissance » :

✔ Trouver les tâches problématiques ou les demandes que votre jeune est susceptible de refuser (comportements à faible probabilité, FP).
✔ Trouver les demandes ou les tâches que votre enfant respecte ou accomplit régulièrement (comportements à haute probabilité, HP).
✔ Établir une courte liste des demandes et des tâches problématiques et de celles que votre enfant accepte facilement de suivre ou de faire. Observer votre enfant après chaque demande et modifier la liste si nécessaire.
✔ Mettre en œuvre l’intervention. Avant de formuler une demande à faible probabilité, utiliser une à trois demandes à forte probabilité pour ensuite formuler celle à faible probabilité. Varier les requêtes à forte probabilité utilisées et, si l’intervention s’avère fructueuse, réduire progressivement leur nombre.

Modèle de liste des demandes

liste consignes et probabilités

Exemples

1 + 2 + 3 + 4

  1. « Michel, irais-tu me chercher un crayon? » (HP)
  2. « Peux-tu prendre en note ce que l’on doit acheter à l’épicerie? » (HP)
  3. « Peux-tu vérifier dans le frigo si l’on a suffisamment de lait? » (HP)
  4. « Peux-tu sortir les ordures avant que l’on quitte la maison? » (FP)

 

3- Offrir un choix à l’enfant sur la manière de suivre la consigne

Lorsqu’un jeune fait le choix de l’activité à faire ou du moment pour la faire, sa motivation et sa persévérance sont souvent augmentées. Les enfants et les adolescents sont en effet plus motivés lorsqu’ils peuvent exercer un choix sur les tâches à accomplir, sur leur ordre ou sur le moment de les réaliser.

Ceci peut être aussi simple que de permettre à l’enfant de sortir d’abord les ordures avant de faire la vaisselle ou d’arroser les fleurs avant de couper le gazon ou, lors de travaux scolaires, de choisir entre résoudre d’abord un problème de maths avant de commencer à rédiger un texte.

Voici une liste de vérification pour utiliser l’offre d’un choix pour augmenter l’obéissance et le suivi des consignes :

✔ Trouver les activités et les contextes problématiques.

✔ Trouver des choix qui pourraient être possibles dans chaque contexte. Établir une liste de choix raisonnables et acceptables pour votre enfant et pour vous-même.

✔ Introduire l’offre d’un choix dans une situation à la fois. Avec le temps, varier les choix offerts pour éviter l’ennui ou la routine.

✔ Si l’offre de choix est efficace, l’introduire au besoin dans d’autres contextes.

Exemple : « Julie. Il est 19 h 30 et il est temps d’aller faire ta toilette avant de te mettre au lit (souvent difficile pour elle). Est-ce que tu préfères brosser tes dents d’abord et prendre ton bain ensuite ou plutôt commencer par le bain pour, par la suite, brosser tes dents? »

Conclusion

Si des problèmes de discipline surviennent en classe, travaillez en coopération avec l’enseignant et suggérez-lui d’utiliser le même type d’interventions. L’efficacité de ces trois mesures n’en sera qu’augmentée si ces mesures sont appliquées à l’école et à la maison.

Les enfants et les adolescents coopératifs et positifs envers leurs enseignants réussissent d’ailleurs généralement mieux à l’école. Cette dernière observation est importante. Être en mesure de suivre habituellement les consignes des adultes à la maternelle et en première année ainsi qu’apprendre à lire dans les premières années du primaire sont deux prédicteurs importants de la réussite scolaire.

Ressources

1. Walker, H. M., & Walker, J. E. (1995). L’indiscipline en classe : une approche positive pour les enseignants (É. Royer, adaptation et traduction). École et Comportement.

2. Royer, É. (2007). Comment être le bon parent d’un élève difficile. Québec : École et comportement.

3. Landrum, T., J., & Sweigart, C., A. (2014). Simple, Evidence-Based Interventions for Classic Problems of Emotional and Behavioral Disorders. Beyond Behavior, 23 (3), 3-9.

4. Royer, É. (2019). Les problèmes affectifs et comportementaux à l’école : petite encyclopédie de l’enseignant efficace. Québec : École et Comportement.

5. Landrum, T., J., & Sweigart, C., A. (2014). Simple, Evidence-Based Interventions for Classic Problems of Emotional and Behavioral Disorders. Beyond Behavior, 23 (3), 3-9.
Lee, D. L. (2005). Increasing compliance: A quantitative synthesis of applied research on high-probability request sequences. Exceptionality, 13, 141–154

FORMATION #74.1

MIEUX COMPRENDRE L’ANXIÉTÉ CHEZ LES ÉLÈVES DU PRIMAIRE AFIN DE MIEUX INTERVENIR

Objectif : Comprendre les caractéristiques de l’anxiété et sensibiliser les enseignants aux stratégies pour aider les élèves à mieux gérer leur anxiété


DOSSIER RÉDIGÉ PAR ÉGIDE ROYER
Ph. D. psychologue

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