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Dyslexie-dysorthographie
Soutenir mes élèves en lecture

« Je circule lentement entre les tables »

Je circule lentement entre les tables. Les vingt minutes que j’ai accordées à mes élèves pour réaliser le petit quiz en histoire sont presque écoulées. Certains ont déjà fini et commencent à s’agiter sur leur chaise.
— Monsieur Killian, on fait quoi, après ? me demande Alice en levant le bras.
— On va comparer nos réponses dans une minute, lui dis-je. En attendant, relis ce que tu as écrit et vérifie qu’il ne reste pas de fautes.
Je m’apprête à retourner devant la classe quand mes yeux se posent sur la copie de Nathaniel, qui est assis près du bureau d’Alice.

Je constate qu’il n’a répondu qu’à la première des cinq questions du quiz. Comme son doigt est posé sous une phrase du deuxième paragraphe, je présume qu’il est en train de la lire.
Cette activité implique de retrouver dans chaque témoignage la réponse à la question afférente, une tâche difficile pour mon jeune élève. Toutefois, je ne peux pas attendre qu’il ait terminé, car la classe devient de plus en plus bruyante.
— Tout le monde se tait ! lancé-je en frappant dans mes mains. Alors, qui veut me dire ce qu’il a écrit à la première question ?
Une dizaine de mains se lèvent en même temps. Celle de Nathaniel n’est pas dans le lot. Les bras croisés sur son torse, le garçon affiche un air triste.

Mes alliés!

Les enseignantes et les enseignants comme Killian sont nombreux à se demander comment accompagner leurs élèves avec une dyslexie-dysorthographie. Heureusement, ces intervenantes et ces intervenants ne sont pas seuls.

• Parents

Les parents représentent les premiers alliés. Ils doivent être impliqués lorsqu’il faut agir pour améliorer le parcours scolaire de leur enfant, surtout parce qu’ils connaissent le tempérament de vos élèves et que leur collaboration est essentielle pour maximiser les effets des interventions à l’école.

• Milieu scolaire

Les techniciennes et les techniciens en éducation spécialisée sont d’excellents partenaires. Ils et elles peuvent aider vos élèves à mieux vivre avec leur trouble d’apprentissage et à développer des stratégies de travail en fonction de leurs mesures d’adaptation en classe.

• Professionnels

L’orthopédagogue est un acteur clé pour vous aider avec les difficultés de vos élèves. En lecture et en écriture, son rôle est d’évaluer et d’intervenir auprès de ceux et celles qui rencontrent des difficultés plus spécifiques. L’orthopédagogue saura déterminer les mesures d’adaptations appropriées à leurs besoins et vous guider dans le choix des stratégies à adopter en classe.

L’orthophoniste est pour sa part le professionnel désigné à l’évaluation et à l’intervention des habiletés langagières tant à l’oral qu’à l’écrit. Il peut poser la conclusion de dyslexie-dysorthographie. En ce sens, le travail des orthophonistes guide et complète celui des orthopédagogues. N’hésitez pas à entrer en contact avec eux.

Mon plan de match

L’amélioration des compétences en lecture pour les élèves qui souffrent de dyslexie-dysorthographie ou qui rencontrent des difficultés du même type vient d’abord avec un soutien ciblé élaboré par un professionnel. C’est en recevant un suivi régulier et efficace qu’ils ou elles progresseront dans leurs habiletés à l’écrit.

Cependant, votre collaboration est essentielle dans cette démarche, car elle permet de maximiser les effets de ses interventions auprès de l’élève. En effet, les stratégies d’enseignement que vous employez sont bénéfiques pour son apprentissage. Ci-dessous, nous vous présentons quelques conseils pour accompagner vos élèves lorsqu’ils lisent. Dans un deuxième temps, nous vous proposons des stratégies pour aider vos élèves ayant de la difficulté à comprendre leur lecture.

« Période de lecture quotidienne »

Cette fois, pour la période de lecture quotidienne, j’ai décidé de former des sous-groupes de cinq élèves. Comme j’ai une idée derrière la tête, j’ai moi-même déterminé la composition de chaque groupe. Je donne la consigne à la classe :
— Dans vingt minutes, vous aurez pour mission d’expliquer aux autres le sujet du roman que vous avez choisi. Maintenant, chacun lit en silence !
Je m’approche de la table de Nathaniel, Léa, Aurélie, Soulem et Flore et je m’assois avec eux.
— À vous, je donne une mission très spéciale, leur dis-je à voix basse, comme si c’était un secret. Vous allez lire une page complète de votre livre en groupe.

Bien entendu, je n’ai pas choisi ces élèves au hasard. Ils présentent tous des lacunes en lecture et en écriture.
— Nathaniel, tu veux bien commencer, s’il te plaît ?
Il hésite, mais il finit par ouvrir le petit roman qui est devant lui.
— « La rou…te ontu…ond…ule comme un serp…pent. Je re…re…tresse… »
Assis à côté de lui, je vois qu’il n’a pas lu le dernier mot correctement. Est-ce que je dois le reprendre ou le laisser continuer malgré son erreur ? J’ai peur qu’il ne veuille plus continuer si je le corrige devant ses camarades.
— C’est quoi des « cimes », monsieur Killian ? me demande Nathaniel.
Oups ! Plongé dans mes pensées, j’ai perdu le fil de la lecture.
— Je peux aller chercher le dictionnaire ? intervient Aurélie avec enthousiasme.
J’acquiesce volontiers. Ma jeune élève vient de me sauver la mise !

Conseils pour accompagner votre élève lorsqu’il rencontre des difficultés en lecture

Bien que le type de défis en lecture varie d’un élève à un autre, voici quelques stratégies que vous pouvez appliquer pour l’aider en lecture :

1. Offrez de la rétroaction

Lorsqu’un élève a de la difficulté à lire un mot ou qu’il commet une erreur, laissez-lui cinq secondes pour qu’il ait la chance de se reprendre. Ensuite, lisez le mot pour lui. L’important est que votre élève ne perde pas le sens de ce qu’il est en train de lire. C’est à la suite de sa lecture que vous pourrez analyser avec lui les mots qui ont été mal lus et ainsi déterminer comment il aurait pu mieux les lire. Les informations recueillies à ce moment sont précieuses et vous pouvez les partager avec les professionnels intervenant auprès de cet élève.

2. Travaillez la fluidité en classe

Bien que la vitesse de lecture soit associée à une meilleure compréhension, sachez que l’important est que votre élève identifie les mots correctement. Cela dit, la fluidité en lecture est très pertinente à travailler en contexte de classe. Pour ce faire, vous pouvez engager des activités de lecture à voix haute comme :
• La lecture en duo. De cette façon, vos élèves en difficulté ne se fatiguent pas trop et restent engagés à comprendre ce qu’ils lisent. Ils peuvent même bénéficier des stratégies employées par leurs pairs lorsqu’ils ont de la difficulté à lire un mot.
• Le théâtre des lecteurs. Celle-ci requiert de la planification, mais cette activité permet aux élèves de pratiquer à répétition une lecture avec intonation et précision.

Bien des activités existent pour améliorer la fluidité en lecture ; laissez aller votre imagination.

3. Adaptez les tâches de lecture

Vos élèves qui ont une dyslexie-dysorthographie tombent plus rapidement en surcharge cognitive que les autres lorsqu’ils lisent. Pour eux, l’apprentissage de la lecture prendra bien plus de temps et de pratique avant d’être achevé. Voilà pourquoi ils ont souvent droit à des mesures d’adaptation qui allègent leur lecture en classe. Pour les aider à ce propos, vous pouvez :
• Réaménager les textes : espacer les mots, les syllabes et le passage aux autres lignes (Word vous permet maintenant de modifier les textes de cette façon dans l’onglet Lecteur immersif) ;
• Permettre à l’élève d’aller dans un endroit calme où il peut s’entendre lire. Vous pouvez même lui offrir un appareil qui amplifie sa voix comme un cornet de lecture (Toobaloo) ;
• Lui offrir un cache qui sert à identifier une phrase à la fois ;
• Lire les questions pour lui dans les évaluations.

4. Restez à l'affût des signes de fatigue

Évidemment, pour les élèves n’ayant pas automatisé le décodage du code écrit, lire des textes et les comprendre est une activité laborieuse. Il est certain que vos élèves doivent continuer de pratiquer leurs habiletés alors que la lecture fera partie de leur quotidien tout au long de la vie. Cela dit, lorsque vous jugez que votre élève est surchargé par une tâche, faites preuve de flexibilité. Par exemple, permettez-lui d’écouter la lecture que vous faites des questions pour les comprendre. Cela lui permettra de vivre des réussites autrement et aussi de ne pas oublier que lire signifie avant tout de comprendre.

Parce que chaque effort compte…

Plusieurs moyens existent pour accompagner vos élèves qui éprouvent des difficultés spécifiques en lecture. Si vous êtes inquiet de ne pas choisir les plus efficaces, ne soyez pas gêné d’entrer en contact avec les professionnels qui interviennent auprès de ces élèves. Ils vous aideront à valider votre approche et vous offriront des conseils. Sachez que vos questions seront toujours bien accueillies.

« Aujourd’hui, nous avons la chance d’accueillir une autrice dans notre classe ! »

Aujourd’hui, nous avons la chance d’accueillir une autrice dans notre classe !
Les élèves sont très enthousiastes et posent plein de questions.
Dans la dernière partie de l’animation, l’écrivaine lit le début de son roman jeunesse, puis elle invite les élèves à lire la fin du chapitre eux-mêmes et à écrire une courte suite. Comme il s’agit d’une histoire de fantômes, elle donne deux consignes qu’elle note au tableau :
— L’ambiance doit être inquiétante et je vous suggère d’utiliser des mots appartenant au champ lexical de la peur.

Tout le monde se met à la tâche. Je me promène entre les tables pour aider les élèves qui le souhaitent. Quand je m’arrête près de Nathaniel, je constate qu’il n’a encore rien écrit. Pourtant, il faisait partie des élèves qui intervenaient beaucoup durant la présentation de l’autrice et l’histoire semblait le captiver. Je lui demande :
— Est-ce que tu as bien compris le début du récit ?
Il m’affirme que oui et m’explique parfaitement la situation initiale. C’est la suite qui semble poser problème. Il y a des trous dans ce qu’il me raconte, comme s’il n’avait pas enregistré toutes les informations contenues dans la fin du chapitre.
Pourtant, il a bien compris le début. Comment est-ce possible ?

Stratégies pour les élèves qui ont de la difficulté à comprendre leur lecture

Lorsqu’on a de la difficulté à identifier les mots avec aisance et rapidité, la compréhension de ce qu’on lit en est souvent affectée, et ce, même si on n’a aucune difficulté de compréhension à l’oral. Vous trouverez dans la vidéo qui suit certaines stratégies pour soutenir la compréhension en lecture de vos élèves. La première capsule vidéo ci-dessous s’adresse aux enfants alors que la suivante est centrée sur les adolescents et les adolescentes :

Réalité partagée

Les choses ont soudainement changé dans la vie de Frédéric lorsqu’il a reçu son diagnostic de dyslexie et de dysorthographie. Il était soulagé. Il a enfin compris que ses difficultés n’étaient pas dues à un manque d’effort ou d’intelligence. Les mesures d’adaptation prises par l’école et le soutien de l’orthopédagogue lui ont redonné confiance et montré qu’il pouvait réussir à l’école. Après avoir fait des études universitaires aux HEC, il est maintenant directeur des opérations à l’Institut des troubles d’apprentissage.

« J’applique avec ma classe les conseils de Stéphanie, l’orthopédagogue de l’école »

Depuis quelques semaines, j’applique avec ma classe les conseils de Stéphanie, l’orthopédagogue de l’école. Ensemble, nous avons ciblé des stratégies de lecture que je peux enseigner à tous les élèves. Ces techniques me permettent aussi de mieux comprendre les difficultés de certains d’entre eux.
Ce matin, par exemple, j’accompagne Nathaniel et Léa lors d’une séance de pratique guidée. Tous les élèves de la classe travaillent de la même façon, en équipe de deux. Ils doivent lire quelques phrases chacun leur tour et s’assurer qu’ils comprennent bien le déroulement de l’histoire.

Durant sa lecture, Nathaniel fronce les sourcils et s’arrête. Léa affiche elle aussi une expression perplexe.
— « Le voleur a mis le poisson dans le verre de son ami » ? répète-t-elle d’un ton sceptique. Monsieur Killian, ça veut rien dire !
— Nathaniel, qu’en penses-tu ? je demande à mon élève.
— On peut pas mettre un poisson dans un verre, fait-il remarquer. Le problème, c’est le mot « poisson ».
— Oh ! Je sais ! s’exclame Léa en levant la main par réflexe. Madame Stéphanie m’a expliqué que le « s » fait « zzzz » entre deux voyelles !
— Ah oui ! lance Nathaniel. Donc, c’est « poison » et non « poisson » !
Ils se mettent à rire doucement derrière leurs mains. Je les félicite :
— Bravo à tous les deux, c’est du beau travail d’équipe !
Un large sourire étire mes lèvres. Je suis heureux de constater que les conseils de l’orthopédagogue portent leurs fruits.

Pour en savoir plus

Au fil des ans, l’Institut des troubles d’apprentissage a développé de nombreux outils pour assurer l’égalité des chances des personnes vivant avec un trouble d’apprentissage, leur permettre de développer pleinement leur potentiel et de contribuer positivement à la société. Voici quelques-unes des ressources sélectionnées pour vous. N’hésitez pas à les consulter.

Le site de l’ADEL propose des outils pédagogiques pour aider le corps enseignant à répondre aux besoins des apprenants éprouvant des difficultés en littératie du niveau préscolaire jusqu’au niveau postsecondaire.

Ces articles du CTREQ et de Ta à l’école proposent des pratiques efficaces pour enseigner le vocabulaire.

Enseigner le vocabulaire dès l’entrée à l’école : les principes clés
Des pratiques novatrices pour enseigner le vocabulaire

Cet article d’Élodil (Université de Montréal) permet de découvrir la mise en œuvre pratique de l’enseignement réciproque de la lecture.

Cette formation présente les principales causes, caractéristiques et manifestations de la dyslexie-dysorthographie. Elle expose aussi les différents mécanismes impliqués dans les mesures de soutien et les stratégies d’enseignement pouvant favoriser l’apprentissage et la réussite des enfants présentant une dyslexie-dysorthographie.

→ Découvrir la formation Dyslexie et dysorthographie chez les élèves (primaire, secondaire et postsecondaire)

Pour aller plus loin


À consulter

Documentation sur la dyslexie-dysorthographie
Naitreetgrandir.com
Articles et dossiers thématiques pour accompagner les enfants avec un trouble d’apprentissage
TA à l’école
Trousse d’intervention appuyée par la recherche pour l’enseignement de la lecture et de l’écriture
Réseau canadien de recherche sur le langage et l’alphabétisation
Outils pédagogiques pour l’enseignement de la lecture
ADEL
Ressource pour les parents et le corps enseignant sur la morphologie
Morphoplus
En recherche d’un professionnel ou d’une professionnelle pour une évaluation ou un suivi ?
Liste des bottins des membres du personnel professionnel
Le Service national du RECIT, Adaptation scolaire, offre une foule d’informations utiles, notamment sur les outils et fonctions de l’aide technologique.
Recitas.ca

À lire

Tessier, A. et Poirier, P. (2019). Dyslexie et dysorthographie : la boîte à outils.
Aux éditions de Mortagne
Poirier, P. et Morin, J. (2019). La dyslexie et la dysorthographie racontées aux enfants.
Aux éditions de Mortagne
Latulippe, M. et Poulin, P. (2020). Non aux étiquettes !
Dominique et Compagnie
Fortin, A. L’apprenant et ses aides technologiques en lecture et en écriture : comment l’accompagner au quotidien ?
Aux éditions Horizons

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