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Actualités

Les aides technologiques et la quête d’autonomie des élèves ayant des besoins particuliers : un apport déterminant
Mai 31, 2013
Par: Jean Chouinard, Service national du RÉCIT en adaptation scolaire
Lise Goulet, conseillère pédagogique en adaptation scolaire Commission scolaire des Bois-Francs et chargée de cours à la Me/De au DEPP à l’Université de Sherbrooke
Marc Tremblay, conseiller pédagogique  au  CCSI du Cégep du Vieux Montréal et chercheur au CRISPESH

Pendant tout son parcours scolaire, l’élève ayant des besoins particuliers reliés à des limitations fonctionnelles ou à des difficultés d’apprentissage est particulièrement affecté par la réduction de son autonomie en lien avec sa réussite scolaire.  Ainsi, les difficultés marquées et persistantes ou les incapacités à réaliser des tâches demandées ne sont pas sans influencer sa motivation, sa confiance en soi et l’image qu’il a de lui-même. Ces éléments ont un impact important sur la perception de ses chances de réussite qui risque de se traduire par un décrochage scolaire. 

Il existe différents moyens pour soutenir l’élève qui vit une situation de besoin dans ses apprentissages. La mise en place d’accommodements tels les adaptations des situations d’apprentissage ou d’évaluation en font partie. Parmi ces moyens, l’utilisation des aides technologiques utilisées par l’élève comme support à ses apprentissages et dans certains cas en situation d’évaluation joue un rôle important non seulement dans sa réussite scolaire, mais également dans le développement de son autonomie. Rappelons qu’une aide technologique est une assistance technologique qui permet à l’élève de réaliser une tâche, de développer une compétence ou d’atteindre un état qu’il ne pourrait réaliser (ou réaliser difficilement) sans le soutien de cette aide et doit révéler un caractère essentiel pour répondre à la situation. [1]

Nous nous proposons d’analyser comment les aides technologiques peuvent supporter l’élève dans sa quête d’autonomie tout au long de son cheminement scolaire, du primaire à son entrée à l’université.

Du préscolaire à l’entrée au secondaire :

Observation, dépistage et rééducation : l’intervention humaine d’abord

L’histoire scolaire d’un élève commence à s’écrire dès son entrée au préscolaire. Moment de joie pour plusieurs enfants, il peut aussi en être un de vulnérabilité pour ceux qui présentent des besoins qui ont été identifiés avant l’inscription à l’école ou pour qui les premiers pas de dépistage seront à faire. 

De légers à plus importants, des moyens sont mis en place par le personnel enseignant et les différents intervenants qui graviteront autour de l’élève lors de cette entrée dans l’univers scolaire. Ces moyens viseront avant tout à contrer l’aggravation des manifestations de difficultés de l’élève tout en visant le développement d’un concept qui sera souvent nommé et répété par l’équipe du plan d’intervention et  entendu et réentendu par les parents : le développement de l’autonomie de leur enfant, dans ses routines au quotidien, dans la réalisation de ses activités, etc. Défis réalistes pour plusieurs, mais qui sont de taille pour d’autres.

Autonomie… un objectif à court, moyen et long terme, pour tous les élèves, mais incontournable, déterminant voire même discriminant dans l’atteinte ultime de la réalisation de soi, pour les élèves ayant des besoins particuliers.

Si le préscolaire représente l’introduction dans l’histoire scolaire de l’enfant, la 1re année du primaire officialise son entrée dans le monde du savoir. Déjà, certains vivront ce premier chapitre avec certaines difficultés qui pourront être ponctuelles et d’autres qui seront persistantes et reliées à leur situation handicapante.

L’autonomie sollicitée au préscolaire doit s’enrichir, tout au long du primaire, de stratégies spécifiques dans l’acquisition des compétences en français, en mathématique et dans les autres disciplines qui feront partie du quotidien d’apprentissage de l’élève.

Pour le supporter, une intensification des interventions peut s’avérer essentielle pour le développement et la maîtrise de ces stratégies. Dans ce cas, le recours aux services d’orthopédagogie, d’orthophonie, de psychologie, de psychoéducation ou d’intervenants en éducation spécialisée s’avère parfois essentiel.

Il peut arriver que les manifestations de difficultés persistent, malgré des interventions spécifiques, ciblées et soutenues de l’équipe pédagogique.

L’introduction des aides technologiques comme approche complémentaire : un moyen compensatoire

Le piège serait grand de vouloir faire pour l’élève, de pallier pour lui ses difficultés dans un accompagnement humain rapproché et continu, mais ce serait nuire au potentiel d’autonomie qu’il lui sera capable de développer, grâce à l’apport des technologies.

Dans ces situations, les aides technologiques deviennent des avenues incontournables à explorer comme moyen compensatoire aux embûches cognitives ou fonctionnelles qui pourraient mettre sa réussite en jeu.

Une analyse systématique de la situation de l’élève doit être entreprise afin d’identifier les difficultés qu’il rencontre et du moyen compensatoire à mettre en place pour répondre à sa situation de besoin.

Chaque situation d’élève étant particulière, cette analyse ne peut se faire dans une forme de généralisation de mesures.  Il faut prendre en compte l’ensemble de la réalité de l’élève pour déterminer quelles seront les aides technologiques qui seront à privilégier dans SA situation.

Nécessité d’une bonne appropriation technique et pédagogique de l’aide technologique

Dès qu’une aide est identifiée comme étant celle qui convienne à l’élève, il est normal et souhaitable de planifier un accompagnement rapproché dans le développement des habiletés de l’élève à utiliser ses outils technologiques. Bien les connaître, comprendre leur fonctionnement ou devenir habile à écrire sur son clavier d’ordinateur ou à utiliser ses différentes fonctions d’aide tels son prédicteur de mots, sa synthèse vocale ou son correcteur orthographique s’avère primordial pour l’élève. La modélisation explicite, le temps requis pour développer ses compétences technologiques et le recours fréquent à ceux-ci en apprentissage s’avèrent déterminants pour en arriver ultérieurement à une utilisation efficace et efficiente dans les tâches scolaires où il aura à faire la démonstration de ses capacités, en apprentissage et en évaluation.

Rechercher la valeur ajoutée de l’utilisation de l’aide technologique

Graduellement, une diminution s’observera dans l’accompagnement donné à l’élève dans l’appropriation des outils pour se transformer en questionnement sur leur utilisation. Qu’apportent-ils à l’élève? En quoi l’outil d’aide lui permet-il de réaliser la tâche? Dans quel contexte peut-il l’utiliser? Quels sont les pièges qui demeurent et qui demandent une vigilance de l’élève?

Il importe de susciter ces prises de conscience métacognitives avec l’élève alors qu’il est au primaire. La possibilité d’être le miroir de l’élève dans sa gestion de ses aides, lors de cet accompagnement rapproché, lui permettra par la suite de devenir autonome dans ce type de questionnement.  C’est ce qui lui permettra de vivre plus sereinement son passage au secondaire qui, pour l’ensemble des élèves, représente un 3e moment de vulnérabilité dans une histoire scolaire.

Du secondaire au collégial

D’un accompagnement rapproché vers l’accompagnement de type suivi

Le passage au secondaire marque une autre étape dans l’appropriation des aides technologiques par l’élève. Si au primaire, l’intervention rapprochée joue un rôle important en rééducation et dans l’initiation-appropriation des aides technologiques comme moyen de compensation, celle-ci s’estompe graduellement au fur et à mesure de son parcours au secondaire pour faire place à un accompagnement de type suivi.

Capacité de l’élève à choisir le bon outil pour la bonne tâche

Au secondaire, l’accompagnement est beaucoup moins encadrant qu’au primaire. Les ressources sont plus rares et les interventions plus espacées. L’orthopédagogue, la personne ressource enseignante, l’éducatrice spécialisée devront davantage veiller à ce que l’élève utilise régulièrement et adéquatement ses aides dans les différents contextes d’apprentissage.  Il devra alors apprendre à les choisir selon leur pertinence à l’égard des différentes tâches qu’il aura à réaliser. Il développera aussi l’habileté à en découvrir et en exploiter de nouvelles. De l’utilisation fonctionnelle de ses aides, l’élève passera à l’étape où il devra optimiser leur potentiel pédagogique. L’exploitation des aides technologiques deviendra pour lui une compétence qu’il aura développée, compétence qui sera déterminante pour le développement de son autonomie, pour la poursuite de ses études et, plus tard, pour son intégration citoyenne.

Le début de l’année scolaire est particulièrement indiqué pour revoir avec l’élève et les intervenants concernés par son plan d’intervention (incluant les parents) les aides utilisées et celles qui devraient être ajoutées selon les besoins ciblés et les exigences des différentes disciplines scolaires de l’année. Un camp TIC organisé par l’école s’adressant à l’ensemble des élèves utilisant des aides technologiques est une belle opportunité pour s’assurer que tous les élèves connaissent bien leurs aides et savent comment et quand les utiliser selon les contextes. C’est également le moment pour s’approprier de nouveaux outils et de s’initier à la numérisation du matériel scolaire en format numérique. On insistera également pour que l’élève développe sa responsabilité et son autonomie dans l’utilisation des aides technologiques.

Équité et orthèse technopédagogique : valoriser l’utilisation des aides technologiques

Le fait de reconnaître que l’élève ayant des besoins particuliers puisse utiliser en toute équité ses aides technologiques à l’école devra faire partie des valeurs partagées par l’ensemble des intervenants scolaires et des élèves non utilisateurs. Beaucoup d’élèves n’hésiteront plus à recourir à leurs aides technologiques pour compenser leurs difficultés s’ils perçoivent que leur enseignante et les autres élèves de la classe « reconnaissent » qu’ils peuvent utiliser des adaptations qui ne causent pas préjudice à personne. L’élève lui-même devra accepter ses difficultés et reconnaître l’apport des aides technologiques à l’amélioration de son autonomie et comme moyen de compensation de ses difficultés marquées et persistantes. Il devra apporter une attention particulière pour analyser la valeur ajoutée des aides afin de constater le gain qu’elle lui procure dans son apprentissage. L’environnement scolaire et l’élève lui-même devront comprendre que les aides technologiques ne doivent pas être perçues comme une « béquille » au sens péjoratif du terme, mais comme une orthèse technopédagogique qui est aussi légitime d’utilisation qu’une autre orthèse largement reconnue dans le monde, la paire de lunettes.

Responsabiliser l’élève et solliciter son engagement

L’élève devra également consolider ses stratégies pour utiliser efficacement ses aides technologiques en comprenant qu’elles ne sont pas une panacée et qu’elles ne pourront le soutenir que s’il s’investit cognitivement. Son implication et sa persévérance sont essentielles. Il devra bien explorer ses aides de façon à maîtriser les différentes fonctions d’aide qu’elles offrent. Il devra aussi développer sa capacité à s’observer travailler, à se questionner, à revoir ses stratégies et à exploiter toutes les possibilités de ses aides. Ici, plus il sera autonome dans l’utilisation de ses aides, plus celles-ci développeront à leur tour son autonomie et ses chances de réussite. Enfin, il n’hésitera pas à demander de l’aide de son tuteur ou des personnes-ressources pour s’assurer qu’il utilise bien ses aides et pour veiller à la mise à jour de son plan d’intervention et à la conservation des traces concernant le matériel technologique qu’il utilise ainsi que de ses autorisations dont il dispose en situation d’évaluation.

La fin du secondaire marque l’étape où l’élève devra réaliser les épreuves ministérielles à des fins de diplomation. L’élève et ses intervenants devront veiller à ce qu’il maîtrise très bien les différentes aides technologiques et les supports technologiques sur lesquels seront réalisés les examens (ex : utilisation de document en format PDF et des outils d’annotation).

Carnet TIC et transmission de l’information

La dernière étape sera celle qui le conduira au collégial, au secteur professionnel ou à celui des Adultes. La création d’un carnet TIC et le transfert du Plan d’intervention de l’élève au responsable du service d’aide aux élèves ayant des besoins particuliers du nouvel établissement sont déterminants pour s’assurer une transition plus facile et pour éviter que l’élève subisse un retard dans l’utilisation de ses aides dans son nouveau secteur d’activités scolaire. L’identification et l’implication d’un répondant de son dossier TIC de son ancienne école pour s’assurer le transfert des informations et de ses droits peuvent s’avérer très utiles et favoriser une économie appréciable d’énergie.

Enfin, l’élève devra être préparé à rencontrer ses nouveaux enseignants pour expliquer sa situation et sa légitimité de recourir à des aides technologiques pour le supporter dans ses apprentissages.

Du collégial à l’université ou au marché du travail

L’arrivée au cégep marque une rupture importante pour l’élève venant du secondaire parce que le contexte légal et d’apprentissage est très différent d’un ordre d’enseignement à l’autre. Au cégep et à l’Université, la loi de l’instruction publique ne s’applique pas:  l’étudiant n’a pas l’obligation de poursuivre des études collégiales ou universitaires, contrairement au secondaire où ils doivent être là jusqu’à l’âge de 16 ans.

Le passage de l’accompagnement vers la pleine autonomie

Dans cet esprit, tous les services d’aide des collèges et université sont volontaires, ce qui inclut les accommodements offerts aux étudiants en situation de handicap par les services à l’intégration des étudiants (SAIDE). L’étudiant en situation de besoin peut décider de ne pas accepter tout type d’aide qu’on lui offre. Il est donc amené à vivre avec les conséquences de ses choix. C’est aussi le moment où très souvent les parents prennent une distance du cheminement scolaire de leur enfant.

La métacognition : un allié pour la quête d’autonomie

C’est dans ce contexte que la quête d’autonomie prend alors un sens particulier. En vue de la réussite scolaire, l’autonomie se traduit par le développement de stratégies métacognitives qui amènent l’élève à questionner et à se questionner de façon à mieux se connaître comme apprenant et à développer sa capacité à s’ajuster et à apporter des correctifs pour améliorer sa capacité à bien accomplir les tâches demandées. Ainsi, on ne s’étonne pas de savoir que parmi 215 facteurs amenant à la réussite éducative, le premier est le développement de stratégies métacognitives pour les élèves en difficulté. Vianin (2009)

Au-delà du fait que les aides technologiques aident à réaliser des tâches liées à l’apprentissage, leur exploitation est en relation d’influence mutuelle avec le développement de stratégies métacognitives. D’un côté, les aides technologiques favorisent l’objectivation des tâches, par exemple, d’écriture et de lecture. En effet, elles permettent de prendre un recul instantané à l’égard de la tâche que l’étudiant est en train de faire. Il peut autrement dit mieux « métacogiter » ses actions. D’un autre côté, si l’étudiant améliore ses stratégies d’autorégulation, de surveillance de l’action, de planification, d’anticipation ou de prise de décision (stratégies métacognitives), l’apprentissage des aides technologique se fera plus facilement parce que l’étudiant sera capable de se questionner sur le « comment » et le « quand » utiliser une ou l’autre des fonctions d’aide mise à sa disposition. Dans cette perspective, l’utilisation des aides technologiques favorise l’autonomie qui sera nécessaire autant pour le marché du travail ou pour l’université où on demande d’être capable d’effectuer les mêmes tâches et de remplir ses responsabilités de la même façon que tout le monde.

Références

Chouinard, Jean, Fauteux,Madeleine, Stanké, Brigitte, Un besoin, une fonction d’aide, une valeur ajoutée (2009)

Chouinard, Jean, Tremblay, Marc et coll. (2013), Modèle des « fonctions d’aide » une catégorisation des aides technologiques,  RÉCIT national en adaptation scolaire et le CRISPESH -CCSI, Montréal.

Comité régional TIC-EHDAA, Mauricie et Centre-du-Québec, janvier 2012, Document d’accompagnement pour l’intégration des technologies auprès des élèves ayant des besoins particuliers,  sur le site du Récit adaptation scolaire http://www.recitadaptscol.qc.ca/spip.php?article617

Vianin, P. (2009). L’aide stratégique aux élèves en difficulté scolaire : Comment donner à l’élève les clés de sa réussite? Bruxelles : Édition de Boeck, 374 p.

Direction de l’adaptation scolaire (MÉLS) (2011, ) Considérations pour établir les mesures d’adaptation à mettre en place en situation d’évaluation.

Site MetaTIC : http://recit.org/metatic/

[1]Pour en savoir plus sur les aides technologiques, nous référons le lecteur à l’édition « Apprendre tout simplement » publiée par l’AQETA, en mars 2012.